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(Le monde rose)


        Le sol était aussi rose que le ciel.
        " Voilà, nous y sommes ! S'exclama la grand femme à l'allure androgyne.
        - Mais que s'est-il passé ici ? S'étonna le petit Firil.
        Une large tranchée coupait le paysage en deux, en un sillon qui allait d'un horizon à l'autre. C'était comme un canal d'ombre au milieu de la plaine, un canyon titanesque, mais qui n'avait pas été creusé par érosion, comme sa régularité l'attestait.
        - Pas de panique, fit la grande femme au large chapeau emplumé. C'est cela que je voulais vous montrer. Que pouvez-vous faire pour nous ?
        - Vos voulez dire que vous nous avez fait venir ici pour régler ça ? S'étonna encore Firil, manquant de s'étouffer avec sa sucette à la fraise.
        - Que pourrions nous bien y faire ? Se rengorgea Anita en levant ses bras menus dans un geste désespéré.
        - Comment ? Fit la grande femme, vous voulez dire que je vous ai fait monter dans la machine à voyager dans les songes pour que vous me disiez que vous ne pouvez rien y faire ! Allons, mais réfléchissez, tout problème a une solution !
        - Eh ! Nous ne sommes que des enfants ! Protesta Anita.
        - C'est bien pour cela que je comptais sur vous, murmura la femme dans son chapeau.
        - Mais comment ce trou a-t-il été creusé ?
        - C'est un vrai problème, nous n'en savons rien, mais à présent notre monde est coupé en deux, nous ne pouvons plus aller de la ville à la grande réserve. Nos camions sont tous de l'autre côté.
        - Mais avez vous pensé à faire un pont ? Demanda Firil d'un air candide.
        - Un pont ? Ah ah ah ! Vous en avez de bonnes ! Et avec quoi ferions nous un pont s'il vous plaît ?
        - Mais avec du bois, du fer, je ne sais pas moi ! S'exclama Firil, furieux du ton moqueur de la femme.
        - Quel bois ? Quel fer ? Il n'y a rien de tel ici !
        - Comment ça ? Vous n'avez pas une forêt ? Une mine ?
        - Mais non !
        - Eh mais moi j'ai une idée ! S'écria Anita en faisant de grands gestes. Il suffit de boucher le trou à certains endroits pour faire des ponts en terre.
        - Nous y avons pensé, figurez-vous ! Se moqua la grande femme, nous ne sommes pas si tartes ! Seulement voilà, le lendemain il n'y avait plus de pont ! Nous avons mis trois jours pour faire ce pont de terre, et hop ! En une nuit, plus rien !"
        Firil et son amie Anita remuaient nerveusement, dans le vent tiède qui soulevait de fins nuages de poussière rose.