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L'ULTIME ILLUSION


        Il regarda brusquement autour de lui. Personne.
        Il était incapable de dire ce qu'il faisait là ni depuis combien de temps il y était.
        Sortant de sa profonde léthargie il aspira une bouffée d'air froid qui lui glaça la gorge et le dissuada de recommencer.
        Il se demanda quelle heure il était, mais sa montre restait muette. Pourquoi diable était-elle bloquée ? Elle n'indiquait qu'une insignifiante ligne de quatre zéros. Il leva les yeux vers le ciel et, bien que les lumières de la ville l'empêchassent de distinguer clairement les étoiles, elles étaient bel et bien là, à la fois rassurantes et inquiétantes. Elles lui rappelaient de bons souvenirs, symboles de sa mélancolie et du romantisme que les hommes placèrent de tout temps en elles. Mais elles faisaient également resurgir en lui de vieilles hantises, des fantômes de son subconscient.
        Lorsqu'il s'en rendit compte, l'angoisse l'avait déjà pris au ventre et il se força à détourner les yeux.
        La lumière envahissante des réverbères et des fenêtres des dernières demeures éclairées lui donna une soudaine nausée.
        La réalité l'agressa subitement et il aurait vomi s'il avait eu quelque chose dans le ventre. Depuis combien de temps n'avait-il plus mangé ? Il se demandait s'il était vraiment possible que la réponse fut celle qui lui vint à l'esprit. Comment cela se pouvait-il ? Cette pensée le dérangea et il l'écarta comme on écarte un mauvais souvenir.
        Il jeta à nouveau un coup d'oeil circulaire. Il se trouvait à un carrefour et chaque rue semblait déserte. Il essaya de deviner l'heure mais rien ne lui permit de le faire. Peut-être était-ce déjà le milieu de la nuit.
        Il réalisa qu'il n'avait rien à faire ici, lui semblait-il. Il décida de rentrer chez lui.
        En regardant autour de lui il se rendit compte qu'aucune des rues ne lui était familière. Il n'avait non plus de moyen de s'orienter. C'était un rêve. Mais rêvait-il encore? Ces temps-ci sa vie semblait ne plus être qu'un songe. Quelqu'esprit romantique eût trouvé l'idée belle. Elle était pourtant terrifiante.
        Il tenta de faire le point dans sa pauvre tête et, bien que cela ne lui ressemblât pas, de raisonner.
        Il se retrouvait brusquement dehors, à un carrefour, en pleine nuit, seul, dans un lieu qu'il ne reconnaissait pas. Et l'instant d'avant il était... Où était-il donc? Il craignit un instant d'avoir été victime d'une crise de somnambulisme, mais il réalisa soudain quelque chose qui lui fit regretter que ce ne fut pas qu'une simple crise de somnambulisme.
        Il ne savait pas où il habitait.


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